6 mars – Puntilla Lake to Farewell – 80 km

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Le jour se lève, magnifique. Le ciel se teinte d’un rose que je n’ai encore pas observé depuis le départ.

4h levé en forme. Café, porridge, départ. Le ciel est clair, promesse d’une journée froide et ensoleillée. L’étape s’annonce belle mais longue, avec le passage d’un col : Rainy Pass (1100 m D+). La piste monte progressivement, le sol est plus dur. Je dépasse Greg à skis puis Amber à pieds, signe que ma progression est rapide.

Le jour se lève, magnifique. Le ciel se teinte d’un rose que je n’ai encore pas observé depuis le départ.

Au pied d’une petite descente, je rate l’embranchement pour Rainy Pass, direction Hells Gate. De nombreux concurrents ont fait la même erreur et demi-tour après 500m. Je reviens donc sur mes pas. Seul le concurrent Indonésien a continué. Son erreur lui a valu d’être secouru, bloqué par une tempête de neige à Hells gate. Mes amis Maori me dépassent, bien contents de pouvoir pédaler. Le dernier kilomètre plus raide, se fait à pied.  J’arrive au col en même temps que Robert, les NZ entament la descente. J’ai avalé ces premiers 30km sans m’en rendre compte. La forme est là.

Au col, 3 scooters s’arrêtent, me prennent en photos et repartent devant moi. Encore 25 km jusqu’à Rohn, CP5. Le soleil disparaît derrière un voile de nuages, signe d’une météo perturbée pour demain, la neige arrive.

Le début de la descente est rapide, cela ne dure pas, il faut à nouveau pousser sur les jambes, sur les bras. Les 3 scooters ont « aéré » la piste, la rendant molle. Les « rugbymen », astucieusement, ont foncé devant. Les importantes chutes de neige ont rendu, partout dans les gorges, la piste « safe », les ponts de neige solide. Je suis passé 2 fois par là (1998 et 2000). La piste était glacée, bien plus rapide mais plus dangereuse.

Je passe Dalzell Gorge. Pas vraiment envie de bivouaquer par ici. Les cascades de glace surplombant les gorges sont monstrueuses, instables, menaçantes. À leur sortie, la piste continue sur la rivière Tatitna complètement gelée. Je skie sur de la glace vive, essaye de me stabiliser avec les bâtons mais me prends une belle gamelle. Elle me laissera des bleus durant 10 jours.

Par endroit, la glace est ouverte avec de l’eau libre sur 10 mètres. Je n’ai envie de m’arrêter pour m’équiper de mes guêtres étanches. J’opte pour un détour de 500m, en suivant la trace des vélos qui sont passés par là. Je ne suis pas vraiment rassuré, la glace semble par endroit vraiment fine, fragile. La peur m’étreint en arrivant sur Rohn  : la fatigue, le ciel noir, le passage tendu sur la rivière, la solitude ? Le tout certainement.

La peur m’étreint en arrivant sur Rohn : la fatigue, le ciel noir, le passage tendu sur la rivière, la solitude ? Le tout certainement.

Alors que tout est installé, une bourrasque arrache littéralement ma tente, j’ai juste le temps de plonger pour la rattraper.

J’arrive vers 17h au CP4, constitué d’une tente d’un poêle et d’un bas flanc, fait de paille, pour 6 personnes. Beth, Graham, Georges et Roberto, tous à vélos, sont là. Je me donne 1 heure d’arrêt avant de reprendre la piste. Le poêle ronronne, je peux faire sécher mes affaires. Accueil 5*, j’avale deux Bratwursts, je n’en ai jamais appréciées de meilleures. J’en profite pour récupérer mon 2nd drop bag, (nous avions droit à deux, limités à 2.5kg, déposés par l’organisation), contenant la nourriture nécessaire jusqu’à l’arrivée. Je me sens en forme après 53 km depuis ce matin et choisis de skier malgré la nuit qui tombe. Si j’avance bien, je serai demain soir à Nicolai (encore 120 km)… je « sens l’écurie ».

La piste repart sur la rivière gelée. Elle est jonchée de cailloux ; je passe au mieux, sans déchausser les skis. Je garde en tête une piste difficile, très accidentée, parsemée de branches, d’arbres, dangereuse. Un mauvais souvenir me revient en mémoire : j’ai eu un accident ici il y a 20 ans. Je suis prévenu, un homme averti… Cela me semble plus facile que dans mon cuisant souvenir. La piste est faite une succession de montées et descentes raides, je dois déchausser très souvent. Je suis sur le territoire des bisons. Des chasseurs ont laissé des abats le long de la piste. J’entends les loups. Il fait nuit noire. Je suis seul. Ambiance… Je dépasse « Bisons camp » à minuit et décide de monter ma tente, je suis exténué. Impossible de trouver un endroit sans vent. De plus, la neige est si poudreuse que je m’enfonce jusqu’aux cuisses en dehors de la piste. Pas prévu de fraiseuse.

Je repère enfin un renfoncement pour m’installer, le vent redouble. Alors que tout est installé, une bourrasque arrache littéralement ma tente, j’ai juste le temps de plonger pour la rattraper. Beat m’avait prévenu : une tente sur l’Iditarod, ce peut être dangereux voire dramatique. A plus de 50 km/h , elle risque de s’envoler, toi de dormir dehors et de mourir gelé !  Suivant ses conseils, j’avais acheté un sac de bivouac la veille du départ. Je préfère cependant monter ma tente où il y a plus d’espace pour se déshabiller. Dans un sac de bivouac, on dort dans la neige, tout habillé dans son duvet, chaussures aux pieds. C’est beaucoup moins confortable, le repos moins réparateur.

Je replie donc le tout et me remets en route. Apres 5 km, les skidoos des chasseurs ont fait demi-tour et ont tassé un bout de piste. Là ! Enfin ! Le vent n’a pas faibli, je fais particulièrement attention en montant ma tente. Je me couche vers 1h du matin après une belle et longue étape de 80 km. Il reste environ 85 km jusqu’à Nicolai que j’espère rejoindre ce soir. Je m’endors avec le hurlement des loups. Je pourrai être inquiet. Je suis heureux.

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