7 mars- Farewell to Nicolai- 80 km

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La journée s’annonce longue, compliquée, piégeuse, je le sais.

5 h levé. 4h de sommeil. Je file en vitesse, motivé par cette longue étape, 85 ou 90 km pour rejoindre Nicolai. Je ne doute pas. Le ciel est très bas, la neige arrive. La journée s’annonce longue, compliquée, piégeuse, je le sais. S’il neige beaucoup, la vitesse de progression est divisée par 2 !
Je veux partir sur un rythme élevé. Mais la piste, rendue difficile par des troncs d’arbres et des montées très raides, m’oblige à retirer souvent mes skis. C’est la piste qui décide. Il neige.

Vers 8h, premier arrêt breakfast : café et porridge. Mon réchaud à essence, malgré le froid et la neige, fonctionne comme un vrai chalumeau. Je fais bouillir de l’eau et remplis mes 2 thermos. Milieu de matinée, je rattrape Chris (Caroline du Nord). Je l’avais aidé à descendre sa pulka le jour du départ. Chris est en mode FAS= Full Speed Ahead . Il doit impérativement prendre un avion pour Anchorage lundi midi à McGrath…Il lui reste plus de 200 km, chaque minute compte. Nous progressons ensemble un long moment, jusqu’à l’embranchement pour Bear Creek. C’est agréable de naviguer à 2.

La neige tombe sans faiblir, nous continuons tout de même à avancer rapidement. Chris n’a pas encore chaussé ses raquettes. Roberto arrive de l’arrière à vélo. Il nous confirme que la piste sera maintenant plate jusqu’à Nicolai. Good news. J’avale un repas chaud, mon compagnon s’arrête un peu plus longtemps, je pars devant.

18h, Sullivan Creek, je refais le plein d’eau. Un seau métallique attaché au pont par un câble, permet de se servir dans la rivière. Je bois beaucoup, pas vraiment idéal avec de l’eau à 0°C et grignote un peu. Je décide de m’arrêter le moins possible jusqu’à Nicolai. Ça passe ou…

La nuit tombe très vite, j’évite de penser à tout ce qu’il me reste à parcourir. Il faut positiver, garder le moral intact. J’en aurai besoin à 100% dans quelques heures.

Vers 20h, je rattrape Georges qui pousse son vélo. Il n’en peu plus, cela fait des heures qu’il marche, il est « cramé ». Graham est parti devant. Georges m’avoue avoir pleuré, c’est poignant. Difficile, impossible, de masquer ses émotions quand on puise si loin au fond de soi. Je l’encourage comme je peux et fait un bout de chemin derrière lui. Son moral, fissuré, s’améliore. Il semble inquiet de l’itinéraire .Nous devons trouver un embranchement sur la droite, ne surtout pas le rater. Nous prenons le temps d’étudier la carte et trouvons la solution. Encore 20 km, inutile d’en rajouter.

Georges arrivera en fait le lendemain matin, après avoir dormi 3 heures à quelques km de Nicolai. Il n’en pouvait plus, il était à bout.  Je file dans la nuit, hypnotisé par le faisceau de ma frontale, ne regardant que mes skis. Je débranche le cerveau, dans un état second. J’avance, j’avance, j’avance. Après plusieurs heures, j’aperçois le panneau « 10 miles » : encore 3 bonnes heures et je serai au chaud. Hélas, sept skidoos me dépassent rendant la piste impraticable, très difficile à skier.

Je commence à avoir des hallucinations… Il est temps que j’arrive, me pose, me repose. 2 heures du matin, j’entre enfin dans le village de Nicolai. La cuisine est encore ouverte. Malgré l’heure tardive (matinale ?) on me prépare gentiment 2 Cheese burgers. Encore un festin de roi. Je retrouve Graham qui scrute, inquiet, la balise de son ami, toujours sur la piste.  J’apprends que nous avons changé d’heures et qu’il est déjà 4 heures. Une heure de perdue, j’en avais bien besoin…Je me couche vers 5 heures. Cela fait 24 heures que je parcours la piste, je suis complètement vidé, exténué, mais heureux de cette extraordinaire journée de skis, des 90 km parcourus.

Jean Louis Etienne, « docteur es expéditions dans le froid », a dit : « On ne repousse pas ses limites, on les découvre ». Je m’endors sur cette pensée.

Georges m’avoue avoir pleuré, c’est poignant. Difficile, impossible, de masquer ses émotions quand on puise si loin au fond de soi.

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